Fiche 7 · Santons Santons et artisanat d'art
Le santon est l'objet d'artisanat le plus copié de Provence, et celui dont le prix varie le plus. Comprendre les trois techniques suffit à savoir ce que l'on tient dans la main.
Le santon est une figurine de crèche provençale, apparue à la fin du dix-huitième siècle, modelée puis reproduite au moule dans l'argile ; son nom vient du provençal santoun, qui signifie petit saint.
En bref
- Trois techniques seulement : argile crue peinte, argile cuite, santon habillé.
- La foire aux santons de Marseille se tient depuis 1803.
- Un santon d'argile crue ne se lave jamais : il se dépoussière au pinceau sec.
- Le prix suit le temps de peinture bien plus que la taille de la pièce.
1. D'où vient le santon
Pendant la Révolution française, la fermeture des églises et l'interdiction des crèches publiques poussent les familles provençales à installer chez elles une crèche miniature. Il faut alors des figurines petites, bon marché et reproductibles.
C'est ce que permet le moule en plâtre, dont l'usage pour les figurines de crèche est attribué au santonnier marseillais Jean-Louis Lagnel, né en 1764. À partir d'un original modelé à la main, on tire un moule en deux parties, dans lequel on presse de l'argile : la figurine devient accessible à toutes les bourses.
La foire aux santons de Marseille, qui se tient chaque fin d'année depuis 1803, a fixé l'usage et fait connaître le métier bien au-delà de la Provence.
2. Les trois techniques
Tout se joue là : la technique décide du prix, de la solidité et de l'entretien.
| Technique | Cuisson | Aspect | Fragilité | Entretien |
|---|---|---|---|---|
| Argile crue peinte | Aucune, séchage à l'air | Mat, couleurs franches | Très fragile, craint l'eau | Pinceau sec uniquement |
| Argile cuite peinte | Cuisson au four à haute température | Plus dense, sonne clair | Résistante mais cassante | Chiffon à peine humide |
| Santon habillé | Tête et mains cuites, corps sur armature | Textile, dentelle, accessoires | Craint la lumière et la poussière | Aération, jamais de lavage |
Tableau large : faites défiler horizontalement.
Un santon d'argile crue se reconnaît à son poids léger et à son son mat quand on le pose. Un santon cuit sonne clair. Un santon habillé se distingue immédiatement à ses vêtements de tissu, cousus pièce par pièce.
3. Les tailles courantes
Les tailles se comptent en centimètres et correspondent à des usages différents.
- La puce, la plus petite, pour les crèches miniatures et les décors de vitrine.
- Le santon d'un pouce, autour de quatre centimètres, la taille historique et la plus répandue dans les crèches familiales.
- Le sept et le neuf centimètres, les formats de référence des crèches domestiques actuelles, qui permettent un décor détaillé.
- Les grandes pièces, au-delà de quinze centimètres, souvent habillées, destinées aux crèches d'exposition.
Mélanger deux tailles dans une même crèche casse l'échelle : il vaut mieux compléter une crèche année après année dans le format choisi au départ.
4. Le peuple de la crèche
La crèche provençale ne se limite pas à la Nativité : elle met en scène tout un village, avec ses métiers d'autrefois. Quelques personnages sont incontournables.
- Le ravi
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Les bras levés au ciel, émerveillé. Le personnage le plus reconnaissable de toute la crèche provençale.
- Le tambourinaire
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Il joue du galoubet d'une main et du tambourin de l'autre : deux instruments traditionnels tenus simultanément.
- Le boumian
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Le bohémien, personnage errant, souvent placé à l'écart du village dans la composition.
- Les métiers du village
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Le meunier avec son sac de farine, le rémouleur et sa meule, la poissonnière, la lavandière, le berger, le pêcheur : la crèche est un inventaire des métiers d'un village provençal du dix-neuvième siècle.
- L'ange Boufareu
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L'ange aux joues gonflées qui souffle dans une trompette, suspendu au-dessus de l'étable.
Beaucoup de ces personnages viennent de la Pastorale Maurel, pièce de théâtre en provençal écrite au milieu du dix-neuvième siècle et jouée chaque hiver depuis lors : le théâtre a nourri la crèche autant que l'inverse.
5. Les artisanats voisins
Le santon n'est pas le seul objet d'art de la région. Trois autres savoir-faire se trouvent à moins d'une heure de Digne-les-Bains.
- La faïence de Moustiers-Sainte-Marie, née à la fin du dix-septième siècle, célèbre pour ses décors bleus au trait fin puis pour ses décors polychromes aux motifs grotesques.
- La poterie de terre vernissée, utilitaire, dont les tians, les daubières et les cruches ont longtemps équipé toutes les cuisines provençales.
- Le bois d'olivier tourné, issu des arbres arrachés ou taillés, dont le veinage très dessiné sert aux ustensiles et aux planches.
6. Choisir et entretenir
- Vérifier la finesse du visage. C'est là que se voit le travail : un visage net, aux yeux posés au pinceau fin, signale un peintre expérimenté.
- Regarder les bavures de moule. Une couture non ébarbée sur le côté du personnage trahit une finition bâclée.
- Demander la technique. Argile crue ou cuite : la réponse doit être immédiate et sans détour.
- Ranger à plat. Chaque pièce enveloppée séparément dans du papier de soie, jamais en vrac dans une boîte.
- Dépoussiérer au pinceau sec. L'argile crue peinte ne supporte ni l'eau, ni le chiffon humide, ni l'aspirateur.
Une crèche se transmet : bien rangée, une figurine d'argile crue traverse plusieurs générations sans perdre ses couleurs, à condition de rester à l'abri de la lumière directe et de l'humidité.